Les écrans et nos yeux

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De nos jours un français passe en moyenne 56 heures par semaine devant son écran ce qui, au cours d’une vie, représenterait 28 ans environ soit, un tiers de sa vie. Concernant les salariés soumis aux écrans, ce chiffre s’élève à 20 heures par semaine dans le cadre de leur activité professionnelle et 36 heures durant leur temps libre. Par ailleurs, les jeunes enfants et adolescents sont de plus en plus exposés à ces nouvelles technologies pouvant amener à de sérieuses conséquences sur leur développement.

Tout ce temps passé sur les écrans divers et variés (smartphones, ordinateurs, tablettes …) peut donc avoir des impacts sur la santé, tant sur la forme physique que sur la vue ou le sommeil. Dans cet article, nous allons nous concentrer sur les effets induits par ces technologies sur les yeux et plus particulièrement sur la sécheresse oculaire. Le syndrome des écrans aussi appelé fatigue oculaire numérique dans la littérature scientifique est un ensemble de symptômes visuels et musculo-squelettiques qui sont les manifestations les plus fréquentes se produisant parmi les utilisateurs d’écrans. On y retrouve parmi eux la sécheresse oculaire, la vision floue, la sensation de brûlure ainsi que des symptômes musculo-squelettiques.

Voici les principales conséquences de la fatigue oculaire liées aux écrans :

conséquences de la fatigue oculaire liées aux écrans

Nous avons aussi détaillé la symptomatologie par type d’appareils utilisés : 

Symptômes spécifiques aux appareils digitales
Symptômes spécifiques aux écrans digitales

Les tâches cognitives effectuées de près peuvent induire un léger changement de myopie, transitoire et réversible, connu sous le nom de « myopie transitoire induite par le travail rapproché », qui n’affecte pas de manière significative l’acuité visuelle mais qui a parfois été associée à des plaintes d’asthénopies (fatigue visuelle).

L’utilisation prolongée d’un ordinateur a longtemps été considérée comme un facteur de risque de myopie, mais pas dans toutes les études scientifiques. L’éducation, le travail de près et la réduction du temps passé à l’extérieur étant des facteurs de risque reconnus d’apparition et de progression de la myopie dès le plus jeune âge. Cependant, il n’existe aucune preuve convaincante d’une augmentation significative du risque d’apparition ou de progression de la myopie avec l’utilisation d’appareils numériques par rapport à d’autres formes de travail de proximité chez les adultes. A contrario, de nouvelles preuves suggèrent que l’utilisation de smartphones et d’appareils portables pourrait être plus fortement associée au risque de myopie avec la lecture qui nécessite une proximité proche avec les yeux.

La lumière bleue : un danger ?

De nos jours, la question de la dangerosité potentielle de la lumière bleue reste encore assez floue et nécessite des recherches plus poussées. En effet, on sait que les appareils numériques modernes émettent une lumière bleue brillante, également connue sous le nom de lumière visible à haute énergie car ce sont des faibles longueurs d’ondes.

Schéma représentant le spectre de la lumière qui pénètre l'oeil humain

Cependant, on sait que celle-ci est déjà présente dans la lumière naturelle mais en quantité moindre comparés à celles des appareils modernes.

Spectre de la lumière naturelle
Spectre de la lumière artificelles des appareils numériques

Celle-ci serait potentiellement délétère sur notre santé oculaire car elle entraînerait :

  • de la fatigue visuelle chronique à court terme;
  • des dégradations de notre sommeil due à une forte réduction de notre production/libération de mélatonine;
  • des modifications glaucomateuses des cellules ganglionnaires
  • des dommages sur les photorécepteurs et l’épithélium pigmentaire rétinien
  • une cataracte
  • une prédisposition à la dégénérescence maculaire (DMLA)

Cependant, la littérature scientifique nous montre que les études sont très mitigées et il n’existe actuellement aucune preuve suggérant que la lumière bleue visible émise par les appareils numériques puisse endommager l’œil. Par précaution, nous vous conseillons donc le port de lunettes avec des verres bloquant la lumière bleue à hauteur de 65% et non ceux proposés par les marques traditionnelles (en général les filtres apposés bloquent à hauteur de 20 % la lumière bleue ce qui n’a pas vraiment d’intérêt). Vous pouvez retrouver des marques spécialisées comme Gunnars.

Il est aussi possible de manière logicielle de réduire les effets de la lumière bleue grâce notamment au mode sombre/nuit appelé aussi “dark mode”. Le mode sombre est un paramètre d’affichage qui assombrit l’interface utilisateur, présentant un texte de couleur claire sur un fond sombre comme le montre l’image suivante :

mode clair et mode sombre sur un smartphone

La sécheresse oculaire

Pour les patients atteints de sécheresse oculaire, l’utilisation d’un écran peut s’avérer très compliquée voire impossible. En effet, ces derniers entraînent une réduction des clignements (3,6–11,6 clignements/minute contre 17–26 clignements/minute pour une situation normale) et favorise des clignements incomplets. Ainsi, au fil du temps, cela diminue la stabilité du film lacrymal et expose la surface oculaire à son environnement. Ce processus peut s’auto-entretenir et s’aggraver au fil des années d’exposition. Il est bon de rappeler que les lentilles de contact sont un facteur aggravant de sécheresse oculaire sur les écrans. En effet, celles-ci contribuent à réduire l’épaisseur du film lacrymal associée à l’effet de friction créé par la surface et les bords de la lentille.

Pour rappel, la sécheresse oculaire peut être classée en deux catégories :

  • évaporative (causée dans la majorité des cas par un dysfonctionnement des glandes meibomius) ;
  • déficience aqueuse (production d’eau réduite par la glande lacrymale).

L’instabilité du film lacrymal induite par les écrans dû aux manques de clignements déclenche le cercle vicieux suivant : 

  1. hyperévaporation
  2. Hyperosmolarité
  3. Inflammation 
  4. Dommages à la surface oculaire
  5. Perte de cellules caliciformes
  6. Perte de mucine

En fixant son écran, son clignement a tendance a fortement réduire. Ainsi, l’intervalle entre chaque clignement (IC) devient plus important que lors d’une situation normale telle qu’une discussion. Par ailleurs, on sait que plus cette valeur IC sera longue et plus le temps de rupture du film lacrymal (TBUT) sera court, entraînant une protection oculaire (Ocular Protection Index – OPI) moindre.

On peut calculer la valeur de l’OPI de la manière suivante : 

OPI = TBUT / IC

Le clignement des yeux est essentiel pour maintenir l’homéostasie de la surface oculaire :

  • en la gardant humide et hydratée;
  • en minimisant l’exposition de la cornée;
  • en favorisant le drainage des larmes;
    en réduisant l’accumulation de médiateurs inflammatoires dans le prisme lacrymal;
  • en favorisant la distribution des mucines et des sécrétions des glandes de Meibomius pour favoriser l’entretien de la stabilité du film lacrymal

On sait également que les activités qui nécessitent des exigences cognitives et visuelles élevées, telles que les jeux vidéo ou des documents difficiles à lire ou à comprendre, réduisent le taux de clignement, car elles nécessitent des temps de fixation plus longs pour pouvoir effectuer la tâche. Elles peuvent aussi provoquer une augmentation du taux de clignements incomplets qui peut être un mécanisme subconscient utilisé par le cerveau pour tenter de rester concentré sur la tâche, en évitant les interruptions tout en supprimant les clignements normaux spontanés.

Les différentes solutions

L’ergonomie

L’ergonomie et les mesures relatives aux écrans sont assez simples à mettre en place. En effet, il faut déjà commencer par avoir une bonne paire de lunettes qui est adaptée à sa vue pour éviter de forcer sur ses yeux. Ensuite, il faut être à une bonne distance de positionnement entre ses yeux et les écrans (>50cm).

L’angle du regard est aussi très important car celui-ci modifie l’exposition de la surface oculaire entre les clignements. D’après la littérature scientifique, bien que les chercheurs aient trouvé une corrélation, ils n’ont pas fourni de véritable conclusion concernant un angle idéal mais ont plutôt indiqué qu’un angle de regard inférieur au niveau des yeux est bénéfique.

Les éblouissements d’écrans peuvent aussi jouer sur les symptômes que vous pouvez ressentir. Certains patients sont atteints de photobie (sensibilité à la lumière) et cela peut ainsi fortement les gêner. Et comme il a été mentionné plus haut, il existe une forte diversité d’appareils avec des écrans, ce qui s’accompagne d’une large gamme de distances aux écrans, de tailles de police, d’angles de vision, d’intensités lumineuses et de contrastes.

Il a été rapporté que les filtres anti-éblouissements réduisent la fatigue oculaire et pourraient empêcher la diminution du taux de clignement provoquée par les écrans. Cependant, aucune corrélation significative entre la sévérité de la sécheresse oculaire et les mesures anti-éblouissantes n’a été trouvée. Attention, car les études se contredisent parfois et il est vraiment nécessaire que vous vous fassiez votre propre expérience avec des tests pour trouver la configuration idéale.

Une autre mesure importante et qui peut vraiment faire la différence pour les patients dans des cas assez sévères est l’utilisation des lunettes à chambre humide dont vous pouvez retrouver l’article sur notre site ici.

Les autres facteurs aggravant la sécheresse oculaire sont liés à l’environnement dans lequel vous êtes au moment d’utiliser vos écrans :

  • La climatisation et le chauffage, connus pour avoir un effet néfaste sur notre surface oculaire puisqu’ils l’assèchent ;
  • L’humidité, qui se doit d’être élevée pour éviter un air sec ;
  • La qualité et l’intensité de l’éclairage dans la pièce où vous vous situez peut faire aussi la différence.

Des livres intéressants reposant sur les méthodes de yoga des yeux sont aussi à suggérer car ils peuvent permettre de réduire vos symptômes.
Et n’oubliez pas, il est important de prendre des pauses assez régulièrement tout en appliquant la règle des 20/20/20 qui consiste à regarder au loin à 20 mètres ou plus pendant 20 secondes toutes les 20 minutes. Limiter le temps sur les écrans est aussi une mesure bénéfique à appliquer.

Les configurations et logiciels à utiliser

Il est possible d’effectuer les réglages suivants pour améliorer son confort sur les écrans :

  • Ajuster la luminosité ;
  • Utiliser le mode sombre à la place du mode clair ;
  • Utiliser le mode d’accessibilité “inversion des couleurs” ;
  • Utiliser le mode éclairage nocturne ;
  • Utiliser un programme qui permet de surveiller son clignement sur écran (eyeblink) ou de faire un rappel de clignement (eyelo)

Voici un lien qui indique comment modifier les paramètres de windows 10 : https://support.microsoft.com/fr-fr/office/utiliser-la-couleur-et-le-contraste-pour-l-accessibilite

Il faut souligner la recherche et la technologie employés dans le logiciel EyeBlink. En effet, celui-ci utilise la caméra de l’utilisateur pour analyser et détecter ses clignements via une intelligence artificielle. Si le taux de ceux-ci n’est pas assez élevé, un rappel interactif s’affiche sur l’écran de l’utilisateur. Le logiciel dispose aussi de statistiques de clignements sur le long terme. Il possède d’autres fonctionnalités mentionnées dans le tableau ci-dessous avec d’autres logiciels.

Logiciels avec des fonctionnalités d'ergonomie sur écran