Beaucoup de patients sont surpris de développer une sécheresse oculaire parfois sévère ou handicapante sans qu’aucune “maladie grave” ne leur soit diagnostiquée. Cette situation peut générer de l’incompréhension, voire de l’inquiétude. Certains ont le sentiment que leur maladie est minimisée, tandis que les médecins, eux, ne retrouvent pas toujours une cause unique clairement identifiable.
Ce décalage s’explique par une réalité simple : la sécheresse oculaire est le plus souvent multifactorielle. Autrement dit, elle est rarement liée à une seule cause, et encore plus rarement à une pathologie grave isolée. Dans la majorité des cas, elle résulte d’un cumul de facteurs qui, pris séparément, peuvent sembler anodins mais qui, additionnés, fragilisent progressivement la surface de l’œil.
Par exemple, seules environ 10 % des sécheresses oculaires sont liées à un déficit aqueux pur. Et parmi ces patients, environ 10 % seulement présentent un syndrome de Gougerot-Sjögren. Cela signifie que, dans l’immense majorité des cas, la sécheresse oculaire ne relève pas d’une maladie auto-immune – ou d’une maladie rare -, mais d’un ensemble de mécanismes souvent combinés.
Le “Bingo” de la sécheresse oculaire
Nous parlons dans cet article, pour illustrer ce constat, de “Bingo de la sécheresse oculaire” car beaucoup de patients cochent plusieurs “cases” sans s’en rendre compte.
Âge, hormones, écrans, médicaments, environnement sec, problèmes de paupières, lentilles de contact… Deux, trois, parfois cinq facteurs ou plus s’additionnent… et la sécheresse s’installe insidieusement.
➡️ Plus on coche de cases, plus le risque augmente.
Avoir plusieurs facteurs de risque ne signifie donc pas forcément qu’on souffre d’une maladie rare ou systémique : c’est simplement le mode de développement le plus fréquent de la sécheresse oculaire.
Les principaux facteurs de risque
Ci-dessous une liste des facteurs de risques les plus courants sous forme de “Bingo de la sécheresse oculaire” :
| Âge : + 50 ans | Sexe : féminin | Ménopause +++ | Problèmes hormonaux | Rosacée +++ |
| Dermite séborrhéique | Blépharite +++ | Lagophtalmie +++ | Traitements hormonaux (Androcur) +++ | Antidépresseurs |
| Antihistaminiques | Anxiolytiques | Isotrétinoïne (Roaccutane) +++ | Bêtabloquants | Diurétiques |
| Lentilles de contact +++ | Chirurgie réfractive +++ | Chirurgie cataracte +++ | Collyres hypotenseurs (glaucome) +++ | Allergies |
| Utilisation des écrans +++ | Mauvaise hygiène de vie (sommeil, tabac…) | Maladies auto-immunes (SGS, Lupus, SEP…) +++ | Diabète | Parkinson |
| Environnement sec (clim, vent…) | Ectropion, entropion, ptosis | Chalazions +++ | Kératites et dystrophies +++ | Kératocône ++ |
Nous évoquerons ci-après, les principales causes, qui nous le rappelons, peuvent s’additionner :
- Facteurs hormonaux et démographiques
- Âge (notamment après 50 ans)
- Sexe féminin
- Ménopause
- Troubles hormonaux
- Pathologies cutanées et des paupières
Ces pathologies peuvent entraîner un dysfonctionnement des glandes de Meibomius (DGM), responsable d’une sécheresse dite évaporative, la forme la plus fréquente de sécheresse oculaire :
- Rosacée (cutanée et/ou oculaire)
- Blépharite
- Dermite séborrhéique
- Chalazions
- Lagophtalmie
- Ectropion, entropion
- Médicaments
Certains traitements peuvent favoriser ou aggraver une sécheresse oculaire, en particulier lorsqu’ils sont utilisés sur le long terme ou chez des patients déjà à risque.
Parmi les plus fréquemment impliqués, on retrouve notamment :
- l’isotrétinoïne (Roaccutane)
- certains traitements hormonaux (par exemple certaines pilules ou traitements anti-androgènes comme Androcur)
D’autres médicaments peuvent également avoir un impact chez certaines personnes, mais cela reste très variable d’un patient à l’autre.
⚠️ Il est essentiel de ne jamais arrêter un traitement sans avis médical.
Tout médicament prescrit l’est dans le cadre d’une balance bénéfices/risques favorable. En cas de symptômes, il est préférable d’en parler avec son médecin afin d’évaluer la situation et, si besoin, d’adapter la prise en charge de la sécheresse oculaire. Pour plus d’information sur les médicaments susceptibles de favoriser une sécheresse oculaire, nous vous conseillons d’en parler à votre médecin et de consulter notre article ici.
- Habitudes de vie et environnement
- Utilisation prolongée des écrans
- Port de lentilles de contact
- Environnement sec (climatisation, chauffage, vent)
- Manque de sommeil, alimentation déséquilibrée, déshydratation, tabac
- Certaines opérations
- Chirurgie réfractive
- Chirurgie de la cataracte
- Certaines maladies associées
- Allergies
- Diabète
- Maladie de Parkinson
- Kératocône
- Certaines kératites et dystrophies cornéennes
- Maladies auto-immunes (Sjögren, lupus, sclérodermie, SEP…)
Pour consulter les listes de toutes les maladies pouvant entraîner une sécheresse oculaire : ici.
Une maladie chronique, évolutive… et pas si anodine
La sécheresse oculaire est une maladie chronique. Aujourd’hui, on ne la “guérit” pas : les traitements servent à calmer l’inflammation, stabiliser le film lacrymal et limiter les symptômes.
Il est essentiel de poursuivre les traitements même en cas d’amélioration, afin d’éviter les rechutes. En effet, la sécheresse peut revenir si l’on baisse la garde.
La sécheresse oculaire est aussi une maladie évolutive : au départ, la sécheresse est souvent légère et peut passer inaperçue car asymptomatique ou peu symptomatique. En effet, au début, cela peut sembler anodin : une gêne de temps en temps, des lentilles moins confortables, une sensation de sable le soir. Puis, petit à petit, surtout si les facteurs de risque s’accumulent . (cf. notre article dédié), l’équilibre se fragilise.
Lorsque les symptômes deviennent vraiment envahissants, la maladie est souvent installée depuis longtemps.
Alors, ce fameux “Bingo” ?
Dans la grande majorité des cas, la sécheresse oculaire n’est donc pas liée à une maladie grave isolée, mais à une accumulation de facteurs. On coche des cases sans y penser : écrans, ménopause, antihistaminiques, lentilles, rosacée, climatisation…
Et un jour, sans fanfare : Bingo.
L’idée n’est pas d’angoisser à chaque case cochée mais de comprendre le mécanisme. Plus on identifie les cases, plus on peut agir sur celles qui sont modifiables.
On ne contrôle pas tout. Mais on peut parfois enlever quelques cases de la grille.
Et contrairement au vrai Bingo, ici, le but n’est pas de gagner.

